Construction de l'Asile de Vaucluse

L'Hôpital psychiatrique de Vaucluse est implanté sur l'ancien fief de la Gilquenière, domaine situé aux limites de Sainte-Geneviève et d'Epinay-sur-Orge, Villiers-sur-Orge et Sainte-Geneviève-des-Bois. Le nom de Gilquenière déplaisait fort à son propriétaire du moment le bailli Crussol d'Uzès qui le possédait depuis 1782. Le comte de Provence, futur Louis XVIII, dont il y recevait quelquefois la visite, serait à l'origine du changement de patronyme du lieu ; étant venu visiter le bailli de Crussol d'Uzès qui résidait dans le château, il fut tellement enchanté par la beauté du site, qu'il s'écria "Mais c'est une véritable vallée de Vaucluse" Ce nom plus chatoyant est resté au domaine.

La création de l'Asile de Vaucluse fut décidée par la commission départementale de la Seine lors d'une délibération, en date du 12 décembre 1863, approuvée par un arrêté préfectoral du 26 août de l'année suivante.

Le 18 novembre 1863, le département de la Seine devient propriétaire de l'ancien domaine de la Gilquenière situé dans le département de Seine-et-Oise actuel département de l'Essonne pour y fait construire, en 1865, un asile d'aliéné conçu pour accueillir environ 600 malades, plus le personnel hospitalier. Pour mémoire nous mentionnerons qu'Epinay–sur-Orge avait à cette époque une population de 587 habitants.

La propriété se présentait à l'époque comme étant :

" D'une superficie de 110 à 120 hectares en terres, prairies, vignes et bois, et traversée dans toute sa longueur par une petite rivière l'Orge. Un quart de la propriété comprenait un petit parc avec quelques vieux bâtiments, des terres et des vignes, le tout clos de mur et fermé par la rivière ; le surplus de l'autre coté du vallon se composait de prairies très basses et quelque peu marécageuses, de terres de rapport et de bois."

La création projetée se divisait en deux opérations distinctes :

1 - Un asile pour 5 à 600 aliénés indigents

2 – Une ferme pour l'exploitation des terres, à laquelle les malades seraient employés

Il fut décidé de construire l'asile dans la partie haute du domaine, située sur la rive gauche de l'Orge. La ferme quant à elle serait construite dans la partie basse et emploierait pour l'exploitation de la terre les malades qui seraient jugés aptes à effectuer des travaux agricoles.

Il fût aussi envisagé d'effectuer, une étude pour définir s'il y avait lieu de construire un pensionnat d'aliénés payant, dans une partie de la propriété, qui restait à définir. Le projet de construction de ce pensionnat fut abandonné par la suite.

La première tranche des travaux fut adjugée en septembre 1864 et le chantier s'ouvrit au début de 1865 sous la direction de Monsieur Lebouteux architecte de la ville de Paris. Les travaux seront menés activement et seront terminés quatre ans plus tard, malgré les graves obstacles dus à un terrain glaiseux traversé par de nombreuses sources qui avaient maintes fois fait obstacle à leur continuation durant les saisons hivernales, périodes où le transport des matériaux devenait presque impossible.

Le 19 août 1866, le maire de Villiers-sur-Orge soumet au Conseil municipal un état des sommes dues par M. Piatier, entrepreneur de travaux publics adjudicataire de Vaucluse, pour la dégradation des chemins vicinaux de la commune, lors de la construction de l'asile, pour la période du 17 janvier au 31 décembre 1865 ; ledit état dressé par l'agent voyer cantonal, le 5 août 1866, s'élève à la somme de 1 116,65 fr. Le Conseil municipal, après examen dudit état, reconnaissant qu'il a été établi suivant des bases qui lui paraissent équitables, approuve cet état et prie M. Le Maire de vouloir faire ce qui sera nécessaire pour en assurer le recouvrement.

La ferme, commencée en janvier 1867 était terminée et prête à recevoir le personnel dirigeant de l'exploitation au commencement de l'année suivante.

Dès le mois de janvier, l'administration prenait possession des bâtiments terminés et y installait les premiers malades ; tout était occupé à la fin de l'année.

L'inauguration officielle eut lieu le 26 janvier 1869. Le coût de la construction s'élevait à 5.300.000 francs, somme considérable pour l'époque, ce qui fut vivement critiqué par les contribuables parisiens qui trouvèrent la facture exorbitante. L'asile de Vaucluse fut, ne l'oublions pas, construit entièrement aux frais de la ville de Paris.

Des travaux complémentaires sont programmés à savoir : la construction d'un lavoir sur la rivière, d'une cour de service près des cuisines ainsi que divers travaux d'éclairage.

L'état des sanitaires devait laisser à désirer puisqu'en 1873 il est envisagé d'établir dans les ateliers des adultes hommes et femmes des latrines. Ainsi que dans les usines à gaz et à eau.

Il est évident que les riverains voient, avec une certaine méfiance, s'implanter dans la région un hôpital psychiatrique de cette importance et ses éventuelles nuisances.

Le problème de l'évacuation des eaux usée se pose avec empressement. Il faut prendre en compte que l'apport de population, dû à l'implantation de l'Asile de Vaucluse et de ses dépendances est très important, en effet sur le site vivent de nombreux malades ainsi qu'un personnel d'encadrement et de soins relativement nombreux. À cette époque il n'existe, dans le canton aucun système de traitement des eaux usées.

C'est par un rapport du 24 juillet 1872 que nous connaissons par le détail la façon dont sont traitées les eaux usées issues de cet important centre hospitalier que constitue l'asile de Vaucluse.

Les eaux que nous qualifierons d'égout (sanitaires, entretien, cuisines) sont amenées par une canalisation jusque dans la partie basse de la vallée où elles débouchent dans une prairie qui remplit le rôle d'épandage, ce qui présente au niveau de la salubrité et des nuisances de très graves désagréments, sans évoquer les risques certains de pollution de l'Orge.

Rien de surprenant de trouver dans la monographie de l'instituteur d'Epinay-sur-Orge les remarques suivantes au sujet de la rivière : "Autrefois ses eaux étaient pures et claires et le poisson y était abondant, mais en passant à l'asile de Vaucluse, elles sont en grande partie employées dans l'établissement, elles reviennent au lit chargées de souillures, contaminées au grand détriment des propriétés situées en aval et au grand mécontentement des propriétaires et des pêcheurs autrefois nombreux sur cette partie de la rivière où le poisson a aujourd'hui disparu presque entièrement".

En ce qui concerne l'utilisation des anciens bâtiments existant sur le domaine, ils sont jugés "comme étant en mauvais état, sans aucun caractère, dénommés un peu trop pompeusement de château et de communs" et sont employés à divers usages par l'administration des domaines.

Un rapport administratif en date du 29 août 1782 nous précise que l'asile dispose de 584 lits et qu'il est considéré comme entièrement terminé. La répartition entre les hommes et les femmes n'est pas précisée. Il est fait état dans ce rapport d'une réorganisation des services sans toutefois en préciser l'objet.

De passage dans la région, Ardoin Dumazet note dans son Voyage en France n° 45 (1907), avec le langage compatissant de l'époque, sa vision de l'Asile de Vaucluse :

"Au-delà d'Epinay et de Villemoisson, sur des pentes mollement inclinées, de grands pavillons aux toits rouges remplissent un domaine à demi parc, à demi exploitation rurale : l'asile d'aliénés de Vaucluse, appartenant à la ville de Paris. Là sont reçus outre les gens devenus déments, les tristes échantillons d'humanité atteints d'idiotie dès leur naissance. Les bâtiments principaux occupent, le sommet de la colline, le fond de la vallée est un superbe jardin où sont employés les habitants valides de la dolente colonie."

J. Peyrafitte

  

Sources :

Archives de Paris

Archives municipales de Villiers- sur-Orge

Voyage en France n° 45 (1907) -Ardoin Dumazet

Cartes postales collection J. Peyrafitte

 

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